Découvrant pour la première fois la création d’entreprise, de nombreux éléments m’ont interpellé quant à la volonté des acteurs belges de soutenir de nouvelles initiatives surtout quand elles sont portées par une seule personne ou une petite équipe.
Des pouvoirs publics peu averses au risques privilégiant les acteurs déjà installés et les chômeurs.
Tout d’abord, même si cela peut sembler évident pour nombre d’entre vous, j’ai été surpris d’apprendre que quels que soient mes bénéfices, ou non d’ailleurs, je devais au minimum verser 700€ par trimestre pour les charges sociales. Ne serait-ce pas plus opportun d’alléger cette pression dès le départ en misant sur le moyen-terme et une collecte future de telles charges ?
En outre, à la recherche d’aides publiques éventuelles, je suis bien sûr tombé sur les plus courantes qui sont des prêts à taux avantageux octroyés par la région sous-couvert d’une acceptation préalable d’une banque. Etant donné que c’est cette dernière qui fera l’analyse de risques, il va de soi que les pouvoirs publics ne prennent pas l’initiative de supporter des entreprises peut-être plus risquées, mais dont certaines pourraient apporter de réelles innovations. Depuis quand les banques sont les meilleures pour quantifier le risque ? Ne serait-ce pas un signe de personnels qualifiés au niveau de la région que cette dernière se repose sur le secteur privé ?
Je suis également tombé sur une aide pour l’e-commerce proposée par la région Wallonne aux PME. Elle propose de rembourser 50% des dépenses pour la création d’un site internet si ces dernières sont d’au moins 5000€ et maximum 15.000€. J’ai démontré qu’avec un investissement de moins de 500€ il était possible de créer soi-même, grâce à Shopify dans mon cas, un site internet e-commerce avec toutes les dernières technologies web sans avoir besoin de connaissances informatiques. En mettant un pallier initial à 5000€, c’est une volonté claire d’aider des PME déjà installées depuis longue date qui n’ont finalement pas grande connaissance du domaine pour aller payer au minimum 5000€ pour un site. Quand je vois qu’en Flandres une marque comme Komono, une PME florissante qui engrange les bénéficies depuis plusieurs années, a développé son site d’e-commerce international également avec Shopify.
Via le Forem, il existe une aide appelée Airbag de 12.000€ versée en 4 fois sur 2 ans. Comme son nom l’indique elle sert de coussin d’amortissement financier aux employés et chômeurs désireux d’entreprendre et donc de renoncer à leurs revenus mensuels assurés. Ayant postulé pour cette aide, j’ai été surpris d’apprendre que contrairement à ce qui est indiqué dans la procédure, je devais attendre 1 an avant d’avoir une réponse positive ou non de la part du Forem. Attendre 12 mois, c’est énorme quand on entreprend. Evidemment, il serait dommage de ne compter que sur elle, mais elle permettrait de donner un boost dès le début à une jeune pousse. Dans le domaine entrepreneurial, le temps est un des pires ennemis qui permet à la concurrence locale ou étrangère de bouger ses pions et qui met les nerfs des jeunes entrepreneurs à rude épreuve. Cet été, une réforme de cette aide a été proposée pour 2017 avec un octroi uniquement aux chômeurs de longue durée. Si je peux comprendre le désarroi de ses derniers, ne serait-ce pas se priver des idées de personnes qui ont un pied dans le marché du travail et qui sont tout aussi compétentes pour apporter des idées nouvelles ? Parce que ces personnes avaient un salaire, pas forcément plus élevé qu’une allocation chômage d’ailleurs, elles devraient être mises à l’écart ?
Un secteur privé peu intéressé par les petits clients.
Pour qu’un site d’e-commerce vendant des articles physiques fonctionne, il lui faut deux choses : la possibilité de réaliser de manière sûre des paiements en ligne et l’envoi des commandes aux clients.
Shopify me permet de base d’accepter les paiements par cartes de crédit et via Paypal. Il semblait pour moi logique de proposer également le paiement par Bancontact, notamment pour me démarquer des acteurs étrangers présents chez nous qui ne le font bien souvent pas. Ayant ouvert un compte auprès de la CBC, qui axe sa communication sur les entrepreneurs, et l’e-commerce en particulier, il était naturel que je me tourne vers eux. Trois solutions intégrant Ogone m’ont été proposées avec des coûts d’installation unique de minimum 100€, un abonnement mensuel et naturellement des commissions sur les ventes. Etant du genre à maîtriser mon risque et ne voulant ni payer un abonnement, ni des frais d’installation, j’ai cherché une autre solution. J’ai ainsi découvert un prestataire hollandais, Mollie. Avec Mollie, les commissions sur les transactions sont non seulement moins élevées, mais en plus je n’ai aucun frais d’installation ou d’abonnement à payer. Cerise sur le gâteau, l’expérience utilisateur est bien plus plaisante qu’avec Ogone. Je trouve cela aberrant de devoir trouver un prestataire étranger pour payer moins cher les transactions d’un moyen de paiement 100% belge.
Pour l’envoi des colis, je me suis naturellement tourné vers le prestataire historique belge bpost. Il faut reconnaître que la qualité du service proposé est vraiment bonne et c’est la raison pour laquelle je n’envisageais pas un prestataire comme Kiala comme fournisseur principal. Ayant été mis en contact avec une account manager, une proposition de contrat m’a été faite. Je ne payais que 0,20€ de moins par envoi qu’un particulier et je devais en plus m’engager sur une quantité annuelle sous peine de devoir payer plein pot les colis de l’année écoulée. Devoir s’engager sur une quantité annuelle alors qu’on lance son commerce, c’est assez compliqué. En cherchant sur Google, j’ai découvert Sendcloud, lui aussi hollandais, qui me permet non seulement de payer mes colis environ 1€ moins cher que bpost tout en offrant la même gamme de services et d’options, mais me fournit en plus une intégration automatique avec ma boutique et génère automatiquement les étiquettes et les emails de tracking pour mes clients, ce que ne faisait bien sûr pas bpost. Tout ça sans payer d’abonnement mensuel ou d’engagement sur les quantités. Encore mieux, Sendcloud intègre dans le même outil d’autres transporteurs, DHL et DPD, ce qui me permet en plus des envois à l’étranger à moindre coût !
C’est tout de même du surréalisme à la belge comme situation, non ? Nos voisins du Nord proposent des tarifs moindres, sans engagement et avec plus de services pour des produits 100% belges…
Make Belgium great again !
Je ne suis personne à l’échelle de la Belgique, juste un grain de sable au niveau du PIB national. Je pense pourtant que mon expérience m’a permis de mettre en lumière un manque de vision sur l’entrepreneuriat, surtout à court et moyen-terme. Ce n’est pas pour rien que l’e-commerce belge est trusté par des acteurs étrangers. La situation actuelle ne fait que freiner les ardeurs d’éventuels entrepreneurs ou les pousse à se délocaliser. Que les pouvoirs publics et entreprises privées gardent en tête que ce sont les petites pousses qui apporteront la croissance de demain.
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